Épiphénomène
On a l'habitude
qu'une réflexion chemine jusqu'à une conclusion. Quel est le bruit d'une
main qui frappe? Contrairement à l'idée répandue il ne s'agit pas d'une
question sans réponse servant à désactiver la réflexion et à provoquer
l'illumination de celui qui y a réfléchi dans un monastère tibétain pendant
sept ans, sept jours et sept minutes et sept battements de paupières. C'est
une véritable question qui comporte une véritable réponse. Le bruit d'une
main qui frappe que ce soit contre n'importe quelle surface, à n'importe
quelle vitesse et dans tous les contextes sera toujours le bruit d'une main
qui frappe. Il fallait, pour y arriver, une réflexion qui remonte jusqu'à sa
conclusion.
Quand j'avais l'âge
de me demander d'où vient l'eau qui s'écoule du robinet le mot écologie
n'existait pas. À l'époque son équivalent, le Catholicisme, était aussi
enseigné aux enfants. On parle aujourd'hui d'économiser les ressources et de
recycler les déchets; on parlait à l'époque de contribuer à favoriser un
monde meilleur. Bien que l'idée soit essentiellement la même je préfère
l'ancienne façon de l'exprimer. Elle embrasse plus large que les vidanges.
Il y a de ça bien
longtemps j'avais senti la misandrie ambiante. Pour ne pas risquer de
confondre l'impression laissée par quelque épiphénomène insignifiant et une
tendance lourde j'avais accumulé dans un cahier les coupures de journal qui
confirment mon impression. Le portrait est rapidement devenu accablant.
C'est alors que je me suis impliqué auprès d'un organisme communautaire qui
offrait des services aux pères qu'on tente d'évincer de la vie de leur enfant. Encore
aujourd'hui je suis habité par l'idée de contribuer à favoriser un monde
meilleur. Ce n'est pas très moderne mais l'idée de m'en excuser ne m'a
jamais traversé l'esprit.
L'organisme en
question, la Maison père enfant offrait, entre autre, un service de
visite supervisée. Dans le contexte d'une rupture conjugale il est fréquent
que la femme porte plainte contre son conjoint qu'elle accuse d'avoir été
violent à son égard. La garde des enfants, la résidence et la pension
alimentaire sont alors attribués à la victime présumée et, en attendant le
procès du présumé innocent, l'accusé n'aura le droit d'être en contact avec
ses enfant que sous la supervision d'un intervenant. L'organisme en question
ne recevait aucune aide financière de l'État. C'était lamentable. Les pères
et leurs enfants étaient entassés toute la journée dans une pièce
inadéquate. Accompagnés d'un bénévole ils avaient aussi le loisir de circuler,
d'aller jouer dehors, d'aller au cinéma, au Biodôme, dans la famille ou chez
papa.
C'est à cette
époque que j'ai découvert l'existence du féminisme d'État pour lequel les
hommes sont indignes d'attention parce qu'ils sont violents. C'est ce
que Diane Lavallée, la présidente du Conseil du statut de la femme d'alors,
avait déclaré lors d'un reportage sur la misandrie diffusé à Télé-Québec.
J'en ai conservé une copie. La clientèle à qui on refusait de l'aide n'avait
pas fait l'objet d'une condamnation et même s'ils avaient été reconnus
coupables c'est la relation qu'ils tentaient de maintenir avec leur enfant
qui était ainsi menacée. Ne dites pas que c'est bien fait pour leur gueule
car ça me donnerait envie d'entrer dans les statistiques. Si c'est aussi ça le féminisme proposé, ai-je alors décidé,
il aurait désormais un opposant acharné. Toute relation filiale est sacrée.
Puisque le féminisme contribue à ce genre de maltraitance j'allais désormais
avoir le devoir de le contrecarrer.
J'ai pris cette
décision le jour où j'ai assisté aux funérailles d'un père qui avait choisi
de quitter le monde des vivants. Les funérailles d'un suicidé sont devenues
par la suite un rituel récurrent. L'accélération de leur fréquence mesure la
détérioration de la condition de vie des hommes.
En janvier 2004 le
Comité de travail sur la prévention et l'aide aux hommes que
présidait Gilles Rondeau remettait son rapport au ministre de la Santé.
Quelques mois plus tard un regroupement d'organismes féminins que seule la
cupidité semble motiver demandait au ministre de la Santé de ne pas donner
suite aux recommandations contenues dans le rapport Rondeau. Plus de cinq
ans plus tard celles-ci demeurent toujours à l'étude. Rien n'indique
qu'elles seront un jour mises en application. C'est vers cette époque qu'on
a commencé à m'accuser d'être un masculiniste haineux. J'ai récemment obtenu
le titre beaucoup plus prestigieux de masculiniste frustré.
Quand, récemment,
j'ai entendu l'animatrice de télévision Marie-France Bazzo déclarer
qu'elle considère les préoccupations masculines indignes d'intérêt et de
tribune j'ai été saisi d'une cordiale animosité envers la position qu'elle
défend. Je la sais motivée par la haute opinion qu'elle a d'elle même; c'est
son point faible. J'en demande pardon à tous ceux que la chose offusque mais
je n'ai pas l'intention d'encaisser ce mépris sans broncher. Je m'y suis
engagé envers ceux qui en souffrent. Je m'y suis engagé aussi envers notre
descendance.