En
fouillant dans le dictionnaire j'ai découvert que le mot gonze est
apparu dans la langue française vers 1753. Il désigne un
individu. Le mot est emprunté du mot Italien gonzo qui
signifie individu stupide. Le féminin du mot gonze,
gonzesse, est apparu beaucoup plus tard vers 1811.
Ma
première idée avait été de fonder une revue intitulée La
Gazette des gonzes. On est au Québec et l'usage veut qu'au
Québec les idées nouvelles soient sabotées par ceux qu'on croyait,
jusqu'alors, dignes de confiance. Le projet allait prendre son
envol quand la jalousie ambiante m'a fait changer de cap. La
Gazette des gonzes est devenue une page Internet. C'est peut-être
mieux ainsi. Entre une revue et une page web je suis maintenant
convaincu que la page web c'est beaucoup mieux.
Il
y avait le titre qui ne convenait pas à la secrétaire du député du
comté provincial de Notre-Dame-de-Grâce. Mon politicien préféré
m'a invité à le rencontrer pour me sommer d'en changer. Le mot
gonze, m'avait-il dit, évoque le mot gonzesse et sa
secrétaire n'aime pas qu'on dise d'elle qu'elle est une
gonzesse. Ce n'est pas très logique mais à l'époque, c'était
en 2002, j'étais un peu naïf. Je croyais que le député de
Notre-Dame-de-Grâce méritait mon respect.
Un
jour, c'était un peu après ma rencontre avec le député, je passais
la tondeuse derrière la maison et la femme de ma vie surveillait
l'opération depuis la fenêtre de la salle de bain. Elle me disait
quand vider le sac latéral de la tondeuse, de ne pas en jeter le
contenu directement dans la poubelle mais de le vider dans un sac
de plastique et d'ensuite déposer le sac en plastique dans la
poubelle. C'est ce je jour là que m'est venu le nouveau titre de
ma page Internet. Ce jour là je me suis dit que j'étais donc
content d'être un gars. La Gazette des gonzes est devenue
Content d'être un gars. C'est aussi à cette époque que j'ai
découvert que ça ne donne absolument rien de tenter de faire
plaisir à la secrétaire du député de Notre-Dame-de-Grâce. La dame
n'en a jamais manifesté de reconnaissance.
Il
y avait autre chose que le député m'a sommé de changer. Quelques
jours plus tôt j'avais publié un texte dans lequel je disais que
la circoncision est une mutilation génitale acceptée alors que
toutes les mutilations génitales ont la réputation d'être
inacceptables. Le député de Notre-Dame-de-Grâce m'avait alors
accusé de tenir des propos antisémites. Moi antisémite? Je me
rappelle avoir eu honte. J'avais eu l'impression d'avoir commis
une erreur. À l'époque, souvenez vous, je croyais le député en
question digne de respect. Je dois dire que l'estime que je
portait envers le gonzo a subi une sérieuse décote depuis.
Ce n'est pas de l'antisémitisme c'est que sa secrétaire est
ingrate.
Il
y a quelques jours, lors de la diffusion de l'émission de
télévision La Fosse aux lionnes, les quatre co-animatrices
en commentant un texte lu sur un site masculiniste non identifié
ont discuté de l'influence de la circoncision sur le plaisir
sexuel féminin. J'ai bien souri. La circoncision est maintenant
devenue une prérogative féminine. Vouloir l'interdire serait
maintenant des propos misogynes. Les queues appartiennent aux
femmes. On n'y touche pas sans leur demander la permission. C'est
pour ça qu'il faudrait pisser assis.
Je
dois reconnaître, pour le bénéfice de ceux qui ne l'auraient pas
compris, que le titre Gazette des gonzes comporte un brin
d'espièglerie. Il évoque celui de la pontifiante revue la
Gazette des femmes. Qu'est-ce qu'on voit quand on met les deux
titres en parallèle. Il y a les mots gazette et gazette et il
y a gonze et gonzesse. C'est la secrétaire du député
qui avait raison. Le mot gonze révèle à quel point la féminité des
féministes est coincée. On ne peut même plus dire qu'on est des
gonzes sans qu'elles s'en offusquent. J'aurais dû l'intituler la
Gazette des imbéciles.