La Gazette des gonzes

Content d'être un gars
Glad to be a guy

Le 10 avril 2008
Yves Pageau

Gazette des gonzes

En fouillant dans le dictionnaire j'ai découvert que le mot gonze est apparu dans la langue française vers 1753. Il désigne un individu. Le mot est emprunté du mot Italien gonzo qui signifie individu stupide. Le féminin du mot gonze, gonzesse, est apparu beaucoup plus tard vers 1811.

Ma première idée avait été de fonder une revue intitulée La Gazette des gonzes. On est au Québec et l'usage veut qu'au Québec les idées nouvelles soient sabotées par ceux qu'on croyait, jusqu'alors, dignes de confiance. Le projet allait prendre son envol quand la jalousie ambiante m'a fait changer de cap. La Gazette des gonzes est devenue une page Internet. C'est peut-être mieux ainsi. Entre une revue et une page web je suis maintenant convaincu que la page web c'est beaucoup mieux.

Il y avait le titre qui ne convenait pas à la secrétaire du député du comté provincial de Notre-Dame-de-Grâce. Mon politicien préféré m'a invité à le rencontrer pour me sommer d'en changer. Le mot gonze, m'avait-il dit, évoque le mot gonzesse et sa secrétaire n'aime pas qu'on dise d'elle qu'elle est une gonzesse. Ce n'est pas très logique mais à l'époque, c'était en 2002, j'étais un peu naïf. Je croyais que le député de Notre-Dame-de-Grâce méritait mon respect.

Un jour, c'était un peu après ma rencontre avec le député, je passais la tondeuse derrière la maison et la femme de ma vie surveillait l'opération depuis la fenêtre de la salle de bain. Elle me disait quand vider le sac latéral de la tondeuse, de ne pas en jeter le contenu directement dans la poubelle mais de le vider dans un sac de plastique et d'ensuite déposer le sac en plastique dans la poubelle. C'est ce je jour là que m'est venu le nouveau titre de ma page Internet. Ce jour là je me suis dit que j'étais donc content d'être un gars. La Gazette des gonzes est devenue Content d'être un gars. C'est aussi à cette époque que j'ai découvert que ça ne donne absolument rien de tenter de faire plaisir à la secrétaire du député de Notre-Dame-de-Grâce. La dame n'en a jamais manifesté de reconnaissance.

Il y avait autre chose que le député m'a sommé de changer. Quelques jours plus tôt j'avais publié un texte dans lequel je disais que la circoncision est une mutilation génitale acceptée alors que toutes les mutilations génitales ont la réputation d'être inacceptables. Le député de Notre-Dame-de-Grâce m'avait alors accusé de tenir des propos antisémites. Moi antisémite? Je me rappelle avoir eu honte. J'avais eu l'impression d'avoir commis une erreur. À l'époque, souvenez vous, je croyais le député en question digne de respect. Je dois dire que l'estime que je portait envers le gonzo a subi une sérieuse décote depuis. Ce n'est pas de l'antisémitisme c'est que sa secrétaire est ingrate.

Il y a quelques jours, lors de la diffusion de l'émission de télévision La Fosse aux lionnes, les quatre co-animatrices en commentant un texte lu sur un site masculiniste non identifié ont discuté de l'influence de la circoncision sur le plaisir sexuel féminin. J'ai bien souri. La circoncision est maintenant devenue une prérogative féminine. Vouloir l'interdire serait maintenant des propos misogynes. Les queues appartiennent aux femmes. On n'y touche pas sans leur demander la permission. C'est pour ça qu'il faudrait pisser assis.

Je dois reconnaître, pour le bénéfice de ceux qui ne l'auraient pas compris, que le titre Gazette des gonzes comporte un brin d'espièglerie. Il évoque celui de la pontifiante revue la Gazette des femmes. Qu'est-ce qu'on voit quand on met les deux titres en parallèle. Il y a les mots gazette et gazette et il y a gonze et gonzesse. C'est la secrétaire du député qui avait raison. Le mot gonze révèle à quel point la féminité des féministes est coincée. On ne peut même plus dire qu'on est des gonzes sans qu'elles s'en offusquent. J'aurais dû l'intituler la Gazette des imbéciles.