J'ai parlé dernièrement de
l'agressivité masculine qui peut se tranformer en violence si elle
n'est pas canalisée. Je mentionnais aussi que la meilleure façon
de la canaliser, ou de la contrôler, était que les hommes
eux-mêmes en prennent la charge au sein de leurs communautés
masculines.
Je crois encore fermement à
cette approche mais ne suis pas naif au point de croire qu'il ne
faut pas, en certaines occasions, faire un effort supplémentaire
pour mettre toutes les chances de notre côté. Je pense notamment
au cas de Jonathan Roy et aux autres incidents de violence au
hockey, junior ou autre.
Le hockey est censé être le
sport national du Canada. Or, selon notre habitude nous avons
cherché le compromis, avons cherché à plaire à tout le monde en
définissant ses règles. Prenez des gars d'environ 20 ans, âge où
le niveau de testostérone est le plus élevé, habillez-les d'une
armure qui les protège presque complètement, donnez leur
l'occasion d'aller vite, et donc de se rentrer dedans à vive
allure, volontairement ou non, et mettez-les dans une situation de
compétition. Que va-t-il arriver? Sous la pression du stress de
la compétition, sous l'influence de leurs hormones et protégés de
pied en cap, ils vont fatalement finir par se battre. Le problème
c'est qu'il n'y a pas autour d'eux assez d'hommes plus matures
pour les contrôler. Le problème pourrait bien être aussi qu'ils
sont dirigés par des hommes eux-mêmes immatures qui auraient
besoin que leurs pairs et leurs pères les aident encore à
canaliser leur agressivité.
Voyons-nous souvent des
bagarres au soccer? Non. Pourquoi? Parce que les gars ne sont pas
protégés. Ils portent un maillot et un short légers, peut-être un
jockstrap sans coquille et des protége-tibias. S'ils se rentrent
dedans, ils vont se blesser eux-mêmes ou s'attirer des bosses. Je
fais ici une exception pour le dernier match de Zinédine Zidane,
qui n'avait alors plus rien à perdre.
À l'autre extrémité, nous
avons le football, où les gars sont aussi recouverts d'une armure
mais où la règle du jeu prévoit qu'on se rentre dedans. Si l'on
veut gagner au football, il faut faire preuve d'une certaine
violence qui est cependant atténuée par l'équipement et le
règlement.
Que disais-je à propos des
Canadiens! Ha oui! Qu'ils se contentent de compromis qui laissent
tout le monde mécontents. Pour règler le problème de la violence
au hockey, la solution est simple: dépouillons les joueurs de leur
protection ou permettons un certaine dose de violence (inventons
le football sur glace!). Si les joueurs de hockey ne portaient que
des vêtements légers, ils se battraient pas mal moins souvent, de
peur de se blesser. S'ils avaient droit de se plaquer, ils en
suivraient les règles.
À mon avis, le plus viril et
le plus intéressant des sports est le rugby où les joueurs sont
vêtus aussi légèrement qu'au soccer mais peuvent se plaquer comme
au football. Laissez-moi vous dire que leurs placages sont
beaucoup plus prudents que s'ils portaient l'armure des
hockeyeurs.