L'idée que les affaires des églises et celles de l'État n'ont rien
à faire les unes avec les autres ne fait plus aucun doute dans mon
esprit. Partout dans le monde où les domaines de la religion et
ceux de la vie civile ne sont pas séparés on observe des
situations invraisemblables. Prenez l'exemple de l'Arabie Saoudite
où la permission accordée aux femmes de conduire une automobile
est limité à quelques heures par semaine ou celui de l'Afghanistan
où les femmes n'ont pas le droit à l'éducation. Vous trouvez ça
normal? On pourrait difficilement imaginer qu'une chose semblable
puisse se produire dans un pays comme le nôtre.
En Iran, c'est le président au nom invraisemblable qui le
déclarait récemment, que dans son pays les homosexuels sont
inexistants. Il n'y a pas de défilé de la fierté gaie à Téhéran.
Quand on habite là-bas et qu'on est sensible au déhanchement des
mignons on ferme sa gueule. On n'a pas le droit de le démontrer.
Les Iraniens sont des gens normaux et que personne n'ose affirmer
le contraire. C'est un peu comme ici finalement.
Au Québec les femmes ont presque tous les droits mais certainement
pas celui d'affirmer qu'il leur arrive, à l'occasion, de filer une
volée à leur homme. Ça n'est pas toléré. Un homme qui oserait se
plaindre avoir été la victime de sa conjointe serait immédiatement
dirigé vers un service de thérapie pour hommes violents. C'est un
déviant. Il dévie de la doctrine de l'État. Ici la violence
domestique n'est faite qu'aux femmes, qu'on se le dise, nous
sommes des gens normaux.
Il faudra bien pourtant qu'un jour on se décide à séparer le
féminisme de l'État. Pas tout de suite, j'en conviens, mais un
jour. Pour l'instant il y a beaucoup d'ayatollahs qui
s'objecteraient. Il faut attendre qu'elles disparaissent. Le
problème c'est aussi qu'avec les fortunes que leur verse l'État
les vocations sont nombreuses.
Quand il sera trop tard pour faire autrement on se demandera si
c'était une si bonne idée d'intégrer un groupe de pression au sein
de l'appareil gouvernemental. En principe, les groupes de pression
ne devraient avoir qu'un accès limité aux décideurs politiques.
Dans le cas du féminisme, le groupe de pression est devenu le
gouvernement. Il y a un malaise surtout quand on considère que
leur doctrine centrale consiste à dénigrer la moitié des citoyens.
Maintenant que la fraternité humaine a cédé le pas à la sororité
féminine il est devenu acceptable de pratiquer la discrimination
sur la base du sexe quand ceux qui sont discriminés sont des
hommes.
C'est le Conseil du statut de la femme qui s'est attribué
l'autorité sur la création et la gestion de la politique
gouvernementale de l'égalité entre les femmes et les hommes. C'est
logique puisque du point de vue des ayatollahs il n'y aurait eu
aucun avantage à reconnaître que l'égalité est une équation
réversible. Plusieurs se sont entêtés à répéter, à l'occasion de
commissions parlementaires, que les hommes ont des besoins, qu'ils
sont incapables de faire respecter le jugement du Tribunal de la
famille ou qu'ils sont ruinés par le paiement d'une pension
alimentaire démesurée quand ils perdent leur emploi. C'est peine
perdue. La surdité est sélective. L'égalité n'est pas un principe
réciproque.