Content d'être un gars
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Le 22 mars 2008
Yves Pageau

Séparation du féminisme et de l'État

L'idée que les affaires des églises et celles de l'État n'ont rien à faire les unes avec les autres ne fait plus aucun doute dans mon esprit. Partout dans le monde où les domaines de la religion et ceux de la vie civile ne sont pas séparés on observe des situations invraisemblables. Prenez l'exemple de l'Arabie Saoudite où la permission accordée aux femmes de conduire une automobile est limité à quelques heures par semaine ou celui de l'Afghanistan où les femmes n'ont pas le droit à l'éducation. Vous trouvez ça normal? On pourrait difficilement imaginer qu'une chose semblable puisse se produire dans un pays comme le nôtre.

En Iran, c'est le président au nom invraisemblable qui le déclarait récemment, que dans son pays les homosexuels sont inexistants. Il n'y a pas de défilé de la fierté gaie à Téhéran. Quand on habite là-bas et qu'on est sensible au déhanchement des mignons on ferme sa gueule. On n'a pas le droit de le démontrer. Les Iraniens sont des gens normaux et que personne n'ose affirmer le contraire. C'est un peu comme ici finalement.

Au Québec les femmes ont presque tous les droits mais certainement pas celui d'affirmer qu'il leur arrive, à l'occasion, de filer une volée à leur homme. Ça n'est pas toléré. Un homme qui oserait se plaindre avoir été la victime de sa conjointe serait immédiatement dirigé vers un service de thérapie pour hommes violents. C'est un déviant. Il dévie de la doctrine de l'État. Ici la violence domestique n'est faite qu'aux femmes, qu'on se le dise, nous sommes des gens normaux.

Il faudra bien pourtant qu'un jour on se décide à séparer le féminisme de l'État. Pas tout de suite, j'en conviens, mais un jour. Pour l'instant il y a beaucoup d'ayatollahs qui s'objecteraient. Il faut attendre qu'elles disparaissent. Le problème c'est aussi qu'avec les fortunes que leur verse l'État les vocations sont nombreuses.

Quand il sera trop tard pour faire autrement on se demandera si c'était une si bonne idée d'intégrer un groupe de pression au sein de l'appareil gouvernemental. En principe, les groupes de pression ne devraient avoir qu'un accès limité aux décideurs politiques. Dans le cas du féminisme, le groupe de pression est devenu le gouvernement. Il y a un malaise surtout quand on considère que leur doctrine centrale consiste à dénigrer la moitié des citoyens. Maintenant que la fraternité humaine a cédé le pas à la sororité féminine il est devenu acceptable de pratiquer la discrimination sur la base du sexe quand ceux qui sont discriminés sont des hommes.

C'est le Conseil du statut de la femme qui s'est attribué l'autorité sur la création et la gestion de la politique gouvernementale de l'égalité entre les femmes et les hommes. C'est logique puisque du point de vue des ayatollahs il n'y aurait eu aucun avantage à reconnaître que l'égalité est une équation réversible. Plusieurs se sont entêtés à répéter, à l'occasion de commissions parlementaires, que les hommes ont des besoins, qu'ils sont incapables de faire respecter le jugement du Tribunal de la famille ou qu'ils sont ruinés par le paiement d'une pension alimentaire démesurée quand ils perdent leur emploi. C'est peine perdue. La surdité est sélective. L'égalité n'est pas un principe réciproque.