La
politique est un jeu de hasard et les jeux de hasard sont
prévisibles. Il existe une branche des mathématiques consacrée au
calcul des probabilité. Le principe est toujours le même: les
chances sont égales pour les deux côtés de la pièce. La politique
là-dedans? C'est pareil. Si on lance la pièce un grand nombre de
fois on est en mesure de prédire comment les résultats seront
répartis. C'est quand on sait ça qu'on est en mesure d'éviter les
pièges.
Le
piège, en politique, c'est de faire comme si le temps n'existait
pas. On feint croire que les choses resteront ce qu'elles sont et
qu'on est éternel. Les choses changent et les individus finissent
tous par mourir. Qu'est-ce qui reste? Les résultats et rien
d'autre. Quand on dit qu'on prend son parti d'une situation on
prend parti. À quoi est-ce que ça sert de prendre parti? Ça sert à
avoir tort. Rien d'autre.
C'est la posture des collaborateurs. Ils croient qu'en rampant ils
pourront se mériter les faveurs des dominants. Les dominants ne
perdent pas leur temps à chercher les adresses dans l'annuaire.
Ils demandent aux collabos de leur indiquer le chemin et ils leur
lancent un filet d'anchois pour les récompenser. Un jour, alors
qu'ils ont été obligé de retourner leur veste, on leur rase le
crâne pour assortir leur coiffure à la doublure de leur veste.
Je
suis de ceux qui ne croient pas au pouvoir des puissants. C'est
dérangeant, je sais, mais je sais aussi que ça achève en
s'accélérant. Bientôt tout aura disparu et quand je n'y serai plus
je sais que seuls les résultats me survivront. Nous assistons à
une corrida. Nous n'en sommes encore qu'au tercio de pique et je
peux vous assurer que la bête est essoufflée.
Ce
n'est pas la bête la plus vaillante. La tâche s'annonce facile Il
viendra bien le moment de porter l'estocade mais nous n'en sommes
pas encore là. Il faut la faire saigner d'abord. C'est la
prochaine étape. Vous comprendrez que je n'ai pas pris la peine de
stériliser la pointe des banderilles.