Content d'être un gars
Glad to be a guy

 

Le 12 février 2008
Yves Pageau

Plus ça vacille plus c'est formidable

Je m'arrête toujours pour regarder passer un chasse neige ou un camion de pompier. Il ne faudrait pas perdre votre temps à consulter un astrologue ou un psychiatre à ce sujet. Je peux vous indiquer exactement l'emplacement du bac de sable ou est née cette habitude. J'ai le souvenir d'y avoir passé des minutes qui duraient des heures et d'y avoir jeté des bombes atomiques sur des tunnels indestructibles. Il faut dire qu'à l'époque tout ce qui avait de l'importance était qualifié d'atomique. Un soir toute la paroisse avait participé à un exercice atomique. Les sirènes avaient hurlé et toute notre famille avait été se réfugier sous l'escalier du sous-sol en parlant, dans un dialecte japonais incongru, de ping-pong et de chicken-flied-liace.

Ni l'histoire ni la géographie n'étaient ma matière de prédilection. Ce que je préférais c'était le catéchisme. C'était facile. Il suffisait de mémoriser la réponse aux centaines de questions que comporte le catéchisme à raison de quelques-unes par jour. J'avais un truc: je chantais les réponses. Il y avait bien d'autres avantages au catéchisme. Il y avait les histoires bibliques que nous racontait l'institutrice, les sorties à l'église pendant les heures de classe et puis il y avait des illustrations complètement déjantées sur lesquelles on pouvait voir des anges en jaquette portés par des têtes ailées sur un nuage atomique et juste derrière l'ange il y avait un camion de pompier atomique tiré par les rennes du Père Noël.

Quand je pense qu'il n'y a plus de catéchisme je me demande bien pourquoi on continue d'envoyer les merdeux en classe. C'est vrai qu'aujourd'hui on les laisse tirer les cheveux des gamines; ça compense. Quand j'étais en âge d'aller à l'école elles étaient protégées par une clôture de métal. Heureusement que j'ai des soeurs. Je pense que si elles sont toutes presque normales aujourd'hui c'est un peu grâce à moi.

J'ai gardé un certain goût pour les catastrophes d'ampleur atomique. Un jour la terre a tremblé. C'était terrifiant. On aurait dit qu'une bétonnière passait devant le maison. Puisque les catastrophes sont rares je m'amuse à essayer de les prédire. N'allez surtout pas croire que je m'apprête à radoter au sujet du déclin de l'empire fémicentriste. La chose est tellement imminente qu'il serait banal d'en reparler. Je n'aborderai pas la question même sous la torture de la goutte qui fait déborder le feu aux poudres. Je ne dirai qu'un seul mot: pour. C'est le détonateur. Il est bien en place. Ça va faire cacapoum.

Je m'amuse à prévoir la mort des gens. C'est amusant et inoffensif. En janvier je compte le nombre de ceux qui étaient inscrits sur ma liste et qui ont calanché au cours de l'année précédente. C'est comme le golf. J'essaie d'améliorer mon score d'une année à l'autre. C'est vrai qu'à quatre-vingt dix ans le chanteur me devait bien un point.