Il n'y
a rien qui soit instantané. L'instant n'est rien d'autre qu'une
illusion. On sait que même l'instant le plus court a une épaisseur*.
On raconte que l'instant n'existe qu'entre le moment où
un feu de circulation passe au vert et celui où l'automobiliste
derrière soi klaxonne.
Il y a quelques années rien de ce que
nous croyons être la réalité n'existait. Dans quelques années tout
sera différent. Le temps est le meilleur remède contre le féminisme
criminel. Les forces d'inertie sont impuissantes. L'accepter c'est
comprendre que la seule possibilité consiste à préparer l'avenir. Il
faut dresser la table.
Le présent n'est rien d'autre que le
vestige du passé; l'avenir est le vestige des présents. Qu'importe
le présent. Tous ceux qui s'y sont intéressé sont morts avec lui.
Accepter de vivre selon ses codes c'est précipiter sa propre
disparition.
Il est de bon ton, aujourd'hui, de
répéter que l'avenir appartient à ceux qui sont louveteaux. Étant
louveteau moi-même je sais que c'est faux. L'avenir appartient à
ceux qui n'y sont pas encore. Leur malheur est qu'ils n'existent que
dans l'avenir. Nous sommes, dans le présent, les seuls capables de
préparer l'avenir. Si nous devions commettre l'erreur de préparer le
présent nous ne pourrions qu'être déçus. La réalité est évanescente.
Le temps s'occupe des sales gueules.