Content d'être un gars
Glad to be a guy

 

Le 7 décembre 2007
Yves Pageau

Énergumènité

Il était une époque où les différents étaient l'objet de discrimination. Plus maintenant. Avant longtemps on aura le ministère des gais, des lesbiennes, des transgenre, des moumoumes des fifines et des pas-trop-certains sans vouloir les offenser comme de bien entendu. Il y a bien eu une époque au cours de laquelle c'était cool d'être différent. Plus maintenant. C'est devenu vanille et les politiciens qui souhaiteraient garder leur préférence pour eux même se font écoeurer par leurs collègues du NPD. Ce sont maintenant les salauds d'hétéro-missionnaire-réactionnaire-de-merde-noire qui sont l'objet de discrimination!

Vous savez ce qui n'a jamais été cool ce sont les énergumènes. S'il y a quelqu'un qui est bien placé pour parler de son énergumènité c'est bien moi vous ne trouvez pas? Aujourd'hui je sors du placard. Ça ne prend pas beaucoup de courage; ceux qui n'acceptent pas mon énergumènité ne m'adressent déjà plus la parole.

J'ai été un énergumène toute ma vie. On a tous entendu, dans un restaurant les gens de la tablée voisine raconter comment, alors qu'ils étaient enfant, ils aimaient porter les robes de leur mère. Si vous n'avez pas encore eu cette chance je vous recommande le restaurant Da Giovanni de la rue Sainte-Catherine. On y mange à satiété et l'environnement sonore est toujours à l'avenant. C'est la même chose en ce qui me concerne. J'ai toujours su que je suis un énergumène. Vous n'avez pas idée de l'enfer que ma vie a été à cause de mon énergumènité.

D'abord il y a les filles. Elles préfèrent les gars normaux. Je n'ai jamais eu de succès avec les filles et celles que j'ai connues ne méritaient pas de l'être. J'ai mis ça sur la facture de mon énergumènité. Croyez moi c'est dur d'être un énergumène. Dès qu'elles cherchent mon nom sur Goggle les filles ont l'impression qu'elles échappent à un dangereux énergumène alors que moi j'ai l'impression d'échapper à quelqu'un de dangereusement normal. Mon énergumènité me pèse.

Ensuite il y a la famille. Vous n'avez pas idée combien les fêtes de famille sont pénibles. C'est certain qu'il y a les oncles et les cousins qui, discrètement, me disent de ne pas cesser d'écrire ce qu'ils pensent. Il faut voir aussi les cousines, les tantes, et mes soeurs qui se font le porte parole du Féminisme organisé. Elles sont pénibles graves et il y a Noël qui approche. Des fois je me demande si les kapos du Pouvoir féminin ne leur auraient pas passé la commande de m'écoeurer pendant les réunions de famille.

La dernière fois il y en a même eu une qui plaidait pour Vivain Barbot, l'ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec. Une jour qu'elle était à la FFQ la Barbot avait déclaré que le gouvernement devrait consacrer une part moins importante de son budget aux dépenses de voirie pour favoriser les dépenses féminines. Je me suis retenu. Avec moins de dépenses féminines le viaduc de la Concorde serait toujours en place et ceux qui avaient été aplatis dessous seraient toujours vivants. Personne, pourtant, n'a jamais pris la peine d'expliquer ce que sont des dépenses féminines. La normalité court aussi dans ma famille; je regrette d'avoir à l'admettre.

Je ferais des blagues mais ce n'est pas drôle. J'ai tout essayé pour qu'on me pense  normal. Je me suis même acheté la panoplie de quelqu'un de normal. Mes amis m'appellent mon-oncle quand ils me voient avec mon chapeau de tweed et mon imperméable de couleur assortie.

Il y a quelqu'un à qui je m'en suis ouvert qui m'invitait à assumer mon énergumènité. Quand je lui ai proposé de teindre son chien en vert il m'a trouvé étrange. Ce serait pourtant joli mais il n'a rien voulu savoir.

J'ai sur mes murs quelques dessins sur lesquels sont représentés des nus féminins. Je leur ai dessiné des vêtements. Ne riez pas c'est vrai.

Plus énergumène encore je suis allé à la messe l'autre dimanche juste pour voir si je suis capable de me comporter normalement pendant une heure. Je suis incertain du résultat. De mon point de vue l'exercice est réussi mais j'ai comme l'impression que les cathos de la paroisse m'ont trouvé étrange. Quand j'ai touché l'eau bénite on a entendu Satan sortir de mon corps. Ça sentait le diable je peux vous le garantir.

Ce qu'il y a de pénible avec l'énergumènité ce sont les sanctions que les énergumènes doivent subir pour ne pas se conformer aux idées reçues. Ils sont exclus c'est obligé. Les politiciens sont nécessairement des conformistes. Ils sont tenus d'obéir à la ligne du parti. Les femmes ont réussi à faire croire que le jour où un plus grand nombre d'entre elles seraient élues toutes les automobiles seraient munies d'une transmission automatique. On a feint de le croire et les partis politiques leur accordent des privilèges. Voyez le résultat. Vivain Barbot est maintenant députée.

Les énergumènes devraient faire la même chose que les femmes On devrait exiger qu'au moins 100% des députés soient de libre penseurs.