Il
était une époque où les différents
étaient l'objet de discrimination. Plus maintenant. Avant longtemps
on aura le ministère des gais, des lesbiennes, des transgenre, des
moumoumes des fifines et des pas-trop-certains sans vouloir les
offenser comme de bien entendu. Il y a bien eu une époque au cours
de laquelle c'était cool d'être différent. Plus maintenant. C'est
devenu vanille et les politiciens qui souhaiteraient garder leur
préférence pour eux même se font écoeurer par leurs collègues du NPD.
Ce sont maintenant les salauds d'hétéro-missionnaire-réactionnaire-de-merde-noire
qui sont l'objet de discrimination!
Vous savez ce qui n'a jamais été cool
ce sont les énergumènes. S'il y a quelqu'un qui est bien placé pour
parler de son énergumènité c'est bien moi vous ne trouvez pas?
Aujourd'hui je sors du placard. Ça ne prend pas beaucoup de courage;
ceux qui n'acceptent pas mon énergumènité ne m'adressent déjà plus
la parole.
J'ai été un énergumène toute ma vie. On
a tous entendu, dans un restaurant les gens de la tablée voisine
raconter comment, alors qu'ils étaient enfant, ils aimaient porter
les robes de leur mère. Si vous n'avez pas encore eu cette chance je
vous recommande le restaurant Da Giovanni de la rue
Sainte-Catherine. On y mange à satiété et l'environnement sonore est
toujours à l'avenant. C'est la même chose en ce qui me concerne.
J'ai toujours su que je suis un énergumène. Vous n'avez pas idée de
l'enfer que ma vie a été à cause de mon énergumènité.
D'abord il y a les filles. Elles
préfèrent les gars normaux. Je n'ai jamais eu de succès avec les
filles et celles que j'ai connues ne méritaient pas de l'être. J'ai
mis ça sur la facture de mon énergumènité. Croyez moi c'est dur
d'être un énergumène. Dès qu'elles cherchent mon nom sur Goggle les
filles ont l'impression qu'elles échappent à un dangereux énergumène
alors que moi j'ai l'impression d'échapper à quelqu'un de
dangereusement normal. Mon énergumènité me pèse.
Ensuite il y a la famille. Vous n'avez
pas idée combien les fêtes de famille sont pénibles. C'est certain
qu'il y a les oncles et les cousins qui, discrètement, me disent de
ne pas cesser d'écrire ce qu'ils pensent. Il faut voir aussi les
cousines, les tantes, et mes soeurs qui se font le porte parole du
Féminisme organisé. Elles sont pénibles graves et il y a Noël qui
approche. Des fois je me demande si les kapos du Pouvoir féminin ne
leur auraient pas passé la commande de m'écoeurer pendant les
réunions de famille.
La dernière fois il y en a même eu une
qui plaidait pour Vivain Barbot, l'ancienne présidente de la
Fédération des femmes du Québec. Une jour qu'elle était à la FFQ la
Barbot avait déclaré que le gouvernement devrait consacrer une part
moins importante de son budget aux dépenses de voirie pour favoriser
les dépenses féminines. Je me suis retenu. Avec moins de dépenses
féminines le viaduc de la Concorde serait toujours en place et ceux
qui avaient été aplatis dessous seraient toujours vivants. Personne,
pourtant, n'a jamais pris la peine d'expliquer ce que sont des
dépenses féminines. La normalité court aussi dans ma famille; je
regrette d'avoir à l'admettre.
Je ferais des blagues mais ce n'est pas
drôle. J'ai tout essayé pour qu'on me pense normal. Je me suis
même acheté la panoplie de quelqu'un de normal. Mes amis m'appellent
mon-oncle quand ils me voient avec mon chapeau de tweed et mon
imperméable de couleur assortie.
Il y a quelqu'un à qui je m'en suis
ouvert qui m'invitait à assumer mon énergumènité. Quand je lui ai
proposé de teindre son chien en vert il m'a trouvé étrange. Ce
serait pourtant joli mais il n'a rien voulu savoir.
J'ai sur mes murs quelques dessins sur
lesquels sont représentés des nus féminins. Je leur ai dessiné des
vêtements. Ne riez pas c'est vrai.
Plus énergumène encore je suis allé à
la messe l'autre dimanche juste pour voir si je suis capable de me
comporter normalement pendant une heure. Je suis incertain du
résultat. De mon point de vue l'exercice est réussi mais j'ai comme
l'impression que les cathos de la paroisse m'ont trouvé étrange.
Quand j'ai touché l'eau bénite on a entendu Satan sortir de mon
corps. Ça sentait le diable je peux vous le garantir.
Ce qu'il y a de pénible avec l'énergumènité
ce sont les sanctions que les énergumènes doivent subir pour ne pas
se conformer aux idées reçues. Ils sont exclus c'est obligé. Les
politiciens sont nécessairement des conformistes. Ils sont tenus
d'obéir à la ligne du parti. Les femmes ont réussi à faire croire
que le jour où un plus grand nombre d'entre elles seraient élues
toutes les automobiles seraient munies d'une transmission
automatique. On a feint de le croire et les partis politiques leur
accordent des privilèges. Voyez le résultat. Vivain Barbot est
maintenant députée.
Les énergumènes devraient faire la même
chose que les femmes On devrait exiger qu'au moins 100% des députés
soient de libre penseurs.