Quand je regarde autour de moi, je regrette d'avoir à
le reconnaître, j'ai dépassé la moyenne de l'âge de mes
contemporains. J'ai longtemps tenté de faire comme si je ne m'en
étais pas rendu compte, j'ai toujours eu la responsabilité de mettre
la table pour les invités au monde des vivants. Je ne voudrais pas
que les Françoise et les Mohamed qui s'annoncent soient tentés de
maltraiter la poupée vaudou de leur ancêtre. Il faut nous dépêcher
d'amender nos erreurs avant notre départ.
Pour amender nos erreurs il faut d'abord savoir les
reconnaître. La génération à laquelle je participe s'est comporté
comme si elle était la dernière de l'humanité. Il serait temps de le
reconnaître, notre règne est terminé. Quand nous étions jeunes nous
avons remis en question l'autorité qu'exerçaient sur nous les
générations précédentes. Il faudrait comprendre que ceux qui nous
suivent sont opprimés par le poids que nous exerçons sur la
démographie. Quelle trace laisserons nous dans l'Histoire?
Serons-nous la génération détestée dont il aura fallu attendre
l'extinction avant que l'humanité ait droit de reprendre son cours?
Ceux qui savent tendre l'oreille ont compris que ceux qui nous
suivent s'impatientent de pouvoir, à leur tour, commettre leurs
propres erreurs.
Les nôtres ont suffisamment duré. Cessons de priver
l'humanité de la diversité des erreurs possibles. Faisons le pari
que nous aussi sommes appelés à disparaître. Laissons les plus
jeunes se la péter gave. Nous y serons encore pour dire même de
leurs réussites que ce n'est pas comme ça que ça se fait. Nous
n'avons pas encore épuisé toutes les façons de nous comporter comme
des chnoques.
De toutes les fautes que notre génération a commises
envers les générations à venir, celle dont je nous tiens rigueur,
est d'avoir jeté le bébé avec l'eau du catholicisme. Nous
laisserions derrière une civilisation sans valeurs, sans repères et
sans tradition. Une univers sans spiritualité. C'est peut-être mieux
ainsi. La table est rase. Je fais confiance aux héritiers de notre
désastre. Ils sont pleins de ressources et suffisamment hostiles
envers ceux qui les ont étouffés pour savoir inventer ce que nous
avons l'outrecuidance de penser avoir détruit. Si je n'étais pas
tenu au devoir de réserve que je sais nécessaire je les
inviterais à s'empresser de déboulonner toutes les statues.