Content d'être un gars
Glad to be a guy

 

Le 23 novembre 2007
Yves Pageau

Spiritualité

Quand je regarde autour de moi, je regrette d'avoir à le reconnaître, j'ai dépassé la moyenne de l'âge de mes contemporains. J'ai longtemps tenté de faire comme si je ne m'en étais pas rendu compte, j'ai toujours eu la responsabilité de mettre la table pour les invités au monde des vivants. Je ne voudrais pas que les Françoise et les Mohamed qui s'annoncent soient tentés de maltraiter la poupée vaudou de leur ancêtre. Il faut nous dépêcher d'amender nos erreurs avant notre départ.

Pour amender nos erreurs il faut d'abord savoir les reconnaître. La génération à laquelle je participe s'est comporté comme si elle était la dernière de l'humanité. Il serait temps de le reconnaître, notre règne est terminé. Quand nous étions jeunes nous avons remis en question l'autorité qu'exerçaient sur nous les générations précédentes. Il faudrait comprendre que ceux qui nous suivent sont opprimés par le poids que nous exerçons sur la démographie. Quelle trace laisserons nous dans l'Histoire? Serons-nous la génération détestée dont il aura fallu attendre l'extinction avant que l'humanité ait droit de reprendre son cours? Ceux qui savent tendre l'oreille ont compris que ceux qui nous suivent s'impatientent de pouvoir, à leur tour, commettre leurs propres erreurs.

Les nôtres ont suffisamment duré. Cessons de priver l'humanité de la diversité des erreurs possibles. Faisons le pari que nous aussi sommes appelés à disparaître. Laissons les plus jeunes se la péter gave. Nous y serons encore pour dire même de leurs réussites que ce n'est pas comme ça que ça se fait. Nous n'avons pas encore épuisé toutes les façons de nous comporter comme des chnoques.

De toutes les fautes que notre génération a commises envers les générations à venir, celle dont je nous tiens rigueur, est d'avoir jeté le bébé avec l'eau du catholicisme. Nous laisserions derrière une civilisation sans valeurs, sans repères et sans tradition. Une univers sans spiritualité. C'est peut-être mieux ainsi. La table est rase. Je fais confiance aux héritiers de notre désastre. Ils sont pleins de ressources et suffisamment hostiles envers ceux qui les ont étouffés pour savoir inventer ce que nous avons l'outrecuidance de penser avoir détruit. Si je n'étais pas tenu au devoir de réserve que je sais nécessaire  je les inviterais à s'empresser de déboulonner toutes les statues.