Je connais quelqu'un
qui m'assure être immortel. Il aurait un don. J'ai des doutes à ce
sujet car la personne qui lui a transmis le don d'immortalité est
décédée. Bien que ce soit difficile à croire je dois admettre qu'à ce
jour je n'ai aucune raison d'en douter. Aux dernières nouvelles le
bougre continue d'être immortel.
J'en connais un autre
qui m'assure avoir la foi en Dieu. En prime il aurait aussi reçu le
don de communiquer avec son créateur. Ici j'ai des doutes. Il aurait
prié pour que, moi aussi, j'aie la foi du charbonnier. À ce jour Dieu
tout-puissant a été incapable de livrer la marchandise. S'agirait-il
d'une faille à sa toute-puissance ou de la confirmation de sa
non-existence? J'ai l'intention de tirer l'affaire au clair. Je mène
une vie de bon-Chrétien dans l'espoir d'aller au ciel lui poser la
question. J'espère que dans l'intérim personne ne me gratifiera du don
d'immortalité.
Moi aussi j'ai reçu un
don. Ceux qui me connaissent mal croient que je suis doué d'une
imagination débordante. Ils ont tort. J'ai reçu le don de Cassandre:
j'ai le don de voyance. Cassandre avait reçu le don de voyance d'un
dieu de l'Olympe qui convoitait sa chute reins. Quand le divin
soupirant a enfin compris que son chien est mort il a jeté en prime
une malédiction pour nuire au don de la belle. Ses oracles
n'impressionnaient pas plus que ceux de Jojo Savard. C'est gênant
quand on est lucide.
J'ai eu la vision d'un
homme à qui le percepteur des pensions alimentaires réclame une somme
démesurée. Son histoire n'avait pas toujours été catastrophique. Au
moment du prononcé du jugement de divorce ça pouvait toujours aller.
Il travaillait fort et gagnait juste ce qu'il fallait pour s'acquitter
de ses obligations fiscale, alimentaire et assurer modestement sa
survie. Il n'était pas riche. Son niveau de vie était comparable à
celui d'un assisté social mais il avait décidé de faire bon coeur en
se disant que ses enfants ne manquent de rien. On lui avait répété que
son rôle de père était de se sacrifier et il avait choisi d'y croire.
Ça prend de la grandeur d'âme pour feindre la naïveté alors que madame
la mère de ses enfants continue de rouler carrosse et il avait de la
grandeur d'âme.
Un jour il s'est
retrouvé sans emploi. Des arrérages se sont accumulés pendant que ses
revenus étaient à la baisse. Il aurait pu alors présenter une requête
pour suspendre temporairement ses obligations alimentaires mais il
n'avait plus les moyens de payer les honoraires de l'avocat. Il avait
déjà l'avant bras dans l'engrenage le reste allait suivre. Aux
arrérages se sont ajoutés les intérêts puis les intérêts sur les
intérêts de ce qu'on lui réclamait. Il a vite compris qu'il n'avait
plus les moyens de retourner travailler. Il a feint la dépression et
réclamé une rente d'assisté social. Là, au moins, il était tranquille
pensait-il. Il vivait modestement et devait s'assurer de respecter
toutes les règles pour ne pas risquer qu'on lui refuse un jour les
maigres prestations qui assuraient sa survie.
Pendant des années le compteur a continué de tourner sans qu'il ne
s'en soucie. Ses prestations n'étaient pas saisissables. Un jour quand
il a atteint l'age de la retraite et que son son ex-employeur a
commencé à lui verser les prestations de retraite qui lui étaient dues
l'État a cessé de le considérer comme un assisté social. La
catastrophe. Ses prestations de retraite ont été saisies par le
percepteur des pensions alimentaires. Il aurait pu demander à ses
enfants de lui venir en aide. La situation aurait été absurde. Ses
enfants auraient compensé pour une pension alimentaire saisie en leur
nom et payée à leur mère alors qu'ils étaient adultes. On leur avait
cependant dit tant de mal de leur père qu'ils étaient devenus
des étrangers. L'absurde situation ne s'est pas produite.
Que
pouvait-il faire? Il a fait ce qu'on fait dans une telle situation. Il
est entré dans les statistiques et la compilation des statistiques a
été déposée sur le bureau de la ministre responsable des aînés. La
ministre, comme chacun sait, ne pouvait rien faire. Les ministres ne
peuvent jamais rien faire. Au prochain remaniement ministériel elle
serait nommée au ministère de la Justice ou à celui de la Condition
féminine. Il ne faut pas qu'elle pisse dans la soupe. Ça pourrait
nuire au gouvernement.
Quand
j'étais plus jeune je me suis intéressé aux philosophies orientales
vous savez bien celles où l'on enseigne qu'on finit toujours par
récolter ce qu'on sème. Les modernes affirment que l'idée de karma est
une superstition sans plus de valeur que l'astrologie chinoise. Je
pense, comme les économistes, que les modernes ont tort. Je pense
aussi, comme le fabuliste, que celui qui rira le dernier aura la rate
bien dilatée.