Vous n'avez pas
besoin d'être juif pour manger des bagels. Le slogan accompagnait
une photographie sur laquelle un Esquimau édenté tient fièrement un bagel. À l'époque où cette affiche ornait la vitrine des boulangeries
de l'ouest de la ville on pouvait craindre que la consommation de
bagels provoque la chute du prépuce.
Cette époque est
révolue. Les Esquimaux sont maintenant des Inuits et les mutilations
génitales sont interdites au Canada. Le mot esquimau, dans la langue
des Inuits, signifie celui qui mange de la viande crue. On a
découvert que le terme désigne aussi les Japonais. Les
mutilations génitales que subissent les garçons n'en seraient pas et
le fait de soulever la question procèderais de l'antisémitisme.
La société québécoise
n'a jamais surmonté l'humiliation de la conquête survenue au
dix-huitième siècle. C'est gravé. Les dominants ont toujours tort et
les dominés ont toujours raison. C'est le credo de la république du
Plateau. Il n'est pas étonnant qu'auprès des mêmes groupes de
québécois atteints de sociopathie on retrouve toute la panoplie des
positions idéologiques manichéennes. Les fédéralistes ont toujours
tort et les souverainistes toujours raison, l'État d'Israël a toujours
tort et les Palestiniens ont toujours raison, les entreprises ont
toujours tort et les syndicats ont toujours raison, les hommes ont
toujours tort et les femmes ont toujours raison, les citoyens ont
toujours tort et les groupes de pression ont toujours raison, ceux qui
pratiquent une religion ont toujours tort et les modernes ont toujours
raison. Le Québec aurait besoin de sortir de sa torpeur
obsessionnelle. Au Québec même quand on a raison, si on fait partie du
mauvais camp, on a tort. Quand c'est une femme qui parle d'égalité
elle a raison et quand c'est un homme qui en parle il a tort. C'est un
masculiniste.