Content d'être un gars
Glad to be a guy

 

Le 23 octobre 2007
Yves Pageau

Mauvais genre

Il y a quelques années, quand le Conseil du Statut de la femme avait convoqué une Commission parlementaire sur le thème de l'égalité entre les femmes et les hommes, j'avais suivi les audiences avec intérêt. Avaient-elles toutes été transmises sur Internet? Presque. La caméra était en panne le jour où des groupes dissidents sont comparus. Croyez-vous que la captation audio aurait pu être diffusée? Vous avez raison. Elle aurait pu l'être. Pour en obtenir une copie il aurait fallu débourser une centaine de dollars. Il faut dire que ce jour là on aurait pu apprendre que la députée Jocelyne Caron avait offert aux Égalitaristes de l'argent en échange d'un mémoire qui correspond à son propre point de vue. Ce n'est pas un spectacle pour les citoyens. Le spectacle était réservé à ceux qui étaient dans la salle ce jour là. On en a dit qu'il aurait valu le déplacement.

La tenue de la Commission m'avait permis de comprendre que le processus des audiences publiques est sous le contrôle des groupes autoproclamés. Il suffit de juxtaposer quelques  mots pour inventer un groupe autoproclamé, de produire un texte et c'est vous qu'on consulte. Les formules les plus répandues parlent de Collectif, Fédération, Table de concertation, syndicat ou d'Union. C'est loufoque. La souveraineté citoyenne est jetée aux porcs. Croyez-vous sincèrement qu'un parti politique, un syndicat ou qu'un Collectif autoproclamé qui se prononce sur une quelconque question représente qui que ce soit? Il faudrait être bien naïf pour l'affirmer. L'événement a été une telle farce que Russel Copeman, le président qui avait le mandat d'assurer le fonctionnement de la Commission s'est cru autorisé à donner son opinion et de sermonner des participants avec lesquels il est en désaccord. Si Copeman a de la légitimité c'est probablement que c'est moi qui suis Batman. Je regretterai toute ma vie de ne pas lui avoir dit, alors, de fermer sa gueule de caporal par respect pour la démocratie qu'il a juré de servir. J'ai honte pour les électeurs du comté de NDG. J'ai surtout honte pour cette poutre qu'on a dans l'oeil.

Notre système a créé deux classes de citoyens. Ceux qui sont soumis aux lois et ceux qui ne le sont pas. La classe des citoyens qui bénéficient d'immunité ne cesse de s'agrandir. Il y a bien sûr les politiciens mais il y a aussi les juges, les policiers, les fonctionnaires, les syndiqués et tous ceux qui, quand ils merdent, ne sont soumis qu'à la sanction de la généreuse allocation de départ. Le jour où toutes ces immunités seront abolies il y a des présidents de Commission parlementaire qui auront le temps de lire des oeuvres complets. Si vous aviez cru que le mot oeuvre est toujours féminin vous aviez tort.

On invente des organismes qui ne représentent personne comme on invente des titres qui ne correspondent à rien et des mots qui ne veulent rien dire. Ainsi il y a un sociologue autoproclamé associé à un collectif autoproclamé qui tente d'introduire un mot vide de sens: prostituteurre. J'ai cherché; c'est un mot qui ne veut rien dire. Il faut comprendre que pour celui qui accepte de l'utiliser la personne qui se livre à la prostitution est irresponsable. C'est le journal qui accepte de publier l'annonce de ses services qui est coupable, le chauffeur qui conduit le prostitué chez sa cliente, la pharmacienne qui lui vend des condoms. Toutes sont coupables mais jamais le prostitué. Il ne peut être qu'une victime car chaque prostitué est soumis aux forces fémicentristes qui l'exploitent.

Quoi? J'utilise le mauvais genre? Il fallait que le mot prostitueurre soit masculin et que prostitué soit féminin? Je n'ai vraiment aucun talent pour le mensonge féministe. Il faudrait vous faire à l'idée.