Il y a quelques
années, quand le Conseil du Statut de la femme avait convoqué une
Commission parlementaire sur le thème de l'égalité entre les femmes et
les hommes, j'avais suivi les audiences avec intérêt. Avaient-elles
toutes été transmises sur Internet? Presque. La caméra était en panne
le jour où des groupes dissidents sont comparus. Croyez-vous que la
captation audio aurait pu être diffusée? Vous avez raison. Elle aurait
pu l'être. Pour en obtenir une copie il aurait fallu débourser une
centaine de dollars. Il faut dire que ce jour là on aurait pu
apprendre que la députée Jocelyne Caron avait offert aux Égalitaristes
de l'argent en échange d'un mémoire qui correspond à son propre point
de vue. Ce n'est pas un spectacle pour les citoyens. Le spectacle
était réservé à ceux qui étaient dans la salle ce jour là. On en a dit
qu'il aurait valu le déplacement.
La tenue de la
Commission m'avait permis de comprendre que le processus des audiences
publiques est sous le contrôle des groupes autoproclamés. Il suffit de
juxtaposer quelques mots pour inventer un groupe autoproclamé,
de produire un texte et c'est vous qu'on consulte. Les formules les
plus répandues parlent de Collectif, Fédération, Table de
concertation, syndicat ou d'Union. C'est loufoque. La souveraineté
citoyenne est jetée aux porcs. Croyez-vous sincèrement qu'un parti
politique, un syndicat ou qu'un Collectif autoproclamé qui se prononce
sur une quelconque question représente qui que ce soit? Il faudrait
être bien naïf pour l'affirmer. L'événement a été une telle farce que
Russel Copeman, le président qui avait le mandat d'assurer le
fonctionnement de la Commission s'est cru autorisé à donner son
opinion et de sermonner des participants avec lesquels il est en
désaccord. Si Copeman a de la légitimité c'est probablement que
c'est moi qui suis Batman. Je regretterai toute ma vie de ne pas lui
avoir dit, alors, de fermer sa gueule de caporal par respect pour
la démocratie qu'il a juré de servir. J'ai honte pour les électeurs du
comté de NDG. J'ai surtout honte pour cette poutre qu'on a dans
l'oeil.
Notre système a créé
deux classes de citoyens. Ceux qui sont soumis aux lois et ceux qui ne
le sont pas. La classe des citoyens qui bénéficient d'immunité ne
cesse de s'agrandir. Il y a bien sûr les politiciens mais il y a aussi
les juges, les policiers, les fonctionnaires, les syndiqués et tous
ceux qui, quand ils merdent, ne sont soumis qu'à la sanction de la
généreuse allocation de départ. Le jour où toutes ces immunités seront
abolies il y a des présidents de Commission parlementaire qui auront
le temps de lire des oeuvres complets. Si vous aviez cru que le mot
oeuvre est toujours féminin vous aviez tort.
On invente des
organismes qui ne représentent personne comme on invente des titres
qui ne correspondent à rien et des mots qui ne veulent rien dire.
Ainsi il y a un sociologue autoproclamé associé à un collectif
autoproclamé qui tente d'introduire un mot
vide de sens: prostituteurre. J'ai cherché; c'est un mot qui ne
veut rien dire. Il faut comprendre que pour celui qui accepte de
l'utiliser la personne qui se livre à la prostitution est
irresponsable. C'est le journal qui accepte de publier l'annonce de
ses services qui est coupable, le chauffeur qui conduit le prostitué
chez sa cliente, la pharmacienne qui lui vend des condoms. Toutes sont
coupables mais jamais le prostitué. Il ne peut être qu'une victime car
chaque prostitué est soumis aux forces fémicentristes qui
l'exploitent.
Quoi? J'utilise le
mauvais genre? Il fallait que le mot prostitueurre soit masculin et
que prostitué soit féminin? Je n'ai vraiment aucun talent pour le mensonge
féministe. Il faudrait vous faire à l'idée.