Quand
l'un d'entre nous choisit de quitter le monde des vivants on est tenté
de parler de lui comme du meilleur d'entre nous. Foutaise! Il n'y a
rien d'héroïque à se suicider. Les héros sont toujours ceux qui
s'accrochent, jamais ceux qui abandonnent. Ceux là sont les moins
vaillants, des couillons sans valeur dont le départ devrait réjouir
ceux qu'ils laissent derrière. Leur départ fait partie du processus de
la sélection naturelle. Les meilleurs d'entre nous sont ceux qui
restent. Qu'on lui fasse des funérailles et qu'on fasse le nécessaire
pour l'oublier du mieux qu'on puisse.
Il n'y a
rien de plus puissant qu'un suicidaire frileux. Ceux là ne craignent
qu'une seule chose c'est que l'eau de la rivière ne soit trop froide.
C'est quand on voudrait bien mais qu'on n'ose pas qu'on devient
invincible. La peur n'a plus d'effet sur ces suicidaires là. Il faut
s'en méfier et les craindre.
À
l'époque où le Japon était formé de seigneuries qui se disputaient
entre elles la propriété de l'air chaque seigneur avait à son service
des samouraïs chargés d'assurer sa sécurité.
Hagakure,
le code de ces combattants d'élite ne laisse aucune marge de
manoeuvre. La manuel du samouraï précise qu'ils étaient tenus de
servir leur seigneur. Leur mort au combat était un honneur que chacun
souhaitait. Au moment du décès du seigneur ils entraient au monastère
où ils se dévouaient le reste de leurs jours à prier pour l'âme du
seigneur disparu. Quand un seigneur congédiait un samouraï celui-ci
devenait un ronin condamné au vagabondage et à l'opprobe.
L'entraînement du samouraï comportait une période de méditation
quotidienne sur le thème de sa propre mort. Pendant sa méditation le
samouraï devait s'imaginer alors qu'il tombe d'une falaise escarpée,
qu'il est piétiné par un troupeau de chevaux, qu'il est transpercé par
l'arme acérée de l'adversaire. Cette méditation le rendait invincible
car il n'existe rien de plus menaçant qu'un adversaire qui accepte de
laisser sa vie au combat. Les plus vieux samouraïs, ceux qui sont
demeurés invaincus alors qu'ils avaient atteint un âge avancé, n'était
pas nécessairement les plus habiles dans l'art du combat. Ils étaient
ceux dont la force des dispositions mentales faisait reculer
l'adversaire et le rendait vulnérable.
On ne
peut plus rien pour le samouraï qui s'est fait hara kiri. On ne peut
que tenter d'éviter de laisser son déshonneur nous éclabousser. Le
déshonneur du samouraï est une infection qui a le pouvoir de décimer
les troupes les mieux entraînées. C'est un poison qu'il faut éviter de
respirer.
Quand un
samouraï disparaît ceux du clan auquel il appartenait qui lui
survivent doivent se liguer pour éliminer celui qui avait causé sa
mort. Je ne donne pas cher de la peau du monstre. Je partirai seul au
combat sans regarder qui est derrière. Le monstre sait que le combat
sera sans merci. Ce serait un honneur si je devais, moi aussi, y
laisse ma peau mais je n'accepterai cet honneur qu'après avoir
accompli ma mission.