Content d'être un gars
Glad to be a guy

 

Le 14 octobre 2007
Yves Pageau

Foutaise

Quand l'un d'entre nous choisit de quitter le monde des vivants on est tenté de parler de lui comme du meilleur d'entre nous. Foutaise! Il n'y a rien d'héroïque à se suicider. Les héros sont toujours ceux qui s'accrochent, jamais ceux qui abandonnent. Ceux là sont les moins vaillants, des couillons sans valeur dont le départ devrait réjouir ceux qu'ils laissent derrière. Leur départ fait partie du processus de la sélection naturelle. Les meilleurs d'entre nous sont ceux qui restent. Qu'on lui fasse des funérailles et qu'on fasse le nécessaire pour l'oublier du mieux qu'on puisse.

Il n'y a rien de plus puissant qu'un suicidaire frileux. Ceux là ne craignent qu'une seule chose c'est que l'eau de la rivière ne soit trop froide. C'est quand on voudrait bien mais qu'on n'ose pas qu'on devient invincible. La peur n'a plus d'effet sur ces suicidaires là. Il faut s'en méfier et les craindre.

À l'époque où le Japon était formé de seigneuries qui se disputaient entre elles la propriété de l'air chaque seigneur avait à son service des samouraïs chargés d'assurer sa sécurité. Hagakure, le code de ces combattants d'élite ne laisse aucune marge de manoeuvre. La manuel du samouraï précise qu'ils étaient tenus de servir leur seigneur. Leur mort au combat était un honneur que chacun souhaitait. Au moment du décès du seigneur ils entraient au monastère où ils se dévouaient le reste de leurs jours à prier pour l'âme du seigneur disparu. Quand un seigneur congédiait un samouraï celui-ci devenait un ronin condamné au vagabondage et à l'opprobe.

L'entraînement du samouraï comportait une période de méditation quotidienne sur le thème de sa propre mort. Pendant sa méditation le samouraï devait s'imaginer alors qu'il tombe d'une falaise escarpée, qu'il est piétiné par un troupeau de chevaux, qu'il est transpercé par l'arme acérée de l'adversaire. Cette méditation le rendait invincible car il n'existe rien de plus menaçant qu'un adversaire qui accepte de laisser sa vie au combat. Les plus vieux samouraïs, ceux qui sont demeurés invaincus alors qu'ils avaient atteint un âge avancé, n'était pas nécessairement les plus habiles dans l'art du combat. Ils étaient ceux dont la force des dispositions mentales faisait reculer l'adversaire et le rendait vulnérable.

On ne peut plus rien pour le samouraï qui s'est fait hara kiri. On ne peut que tenter d'éviter de laisser son déshonneur nous éclabousser. Le déshonneur du samouraï est une infection qui a le pouvoir de décimer les troupes les mieux entraînées. C'est un poison qu'il faut éviter de respirer.

Quand un samouraï disparaît ceux du clan auquel il appartenait qui lui survivent doivent se liguer pour éliminer celui qui avait causé sa mort. Je ne donne pas cher de la peau du monstre. Je partirai seul au combat sans regarder qui est derrière. Le monstre sait que le combat sera sans merci. Ce serait un honneur si je devais, moi aussi, y laisse ma peau mais je n'accepterai cet honneur qu'après avoir accompli ma mission.