Content d'être un gars
Glad to be a guy

 

Le 10 octobre 2007
Yves Pageau

Écho

C’est l’histoire du gars qui avait trouvé le moyen de briser le continuum. Je veux dire par là qu’il avait trouvé le moyen de voyager dans le temps. Ne me demandez pas comment il s’y est pris. C'est une histoire dans laquelle je n’ai aucune envie de parler ni de machine compliquée ni de théorie invraisemblable. Retenons juste qu’il le faisait, qu’il pouvait le faire ou qu’il l’avait fait. C’est comme l’histoire du génie dans la bouteille. Personne ne s’est jamais préoccupé du taux de cholestérol du génie n’est-ce pas? C’est la même chose ici. Fin de la discussion.

Toujours est-il qu’il était remonté dans le passé récent et qu’il avait fait la rencontre de lui-même. C’est important que ce soit dans le passé. S’il avait fait une virée dans l’avenir il n’aurait pas pu se rencontrer puisqu’il serait en train d’y vivre son propre avenir où il ne serait pas pour se rencontrer. D’ailleurs pourquoi est-ce qu’on dit qu’on remonte dans le passé? C’est évidemment parce qu’on transpose dans le déroulement du temps le paradigme de la gravité. On ne tombe pas vers l’avenir. On y est entre naturellement sans faire d’effort. Même qu'en faisant des efforts on ne peut pas y entrer plus rapidement.

Cette notion là du temps est une construction culturelle. C’est le paradigme de la bobine qui se défile régulièrement. Chaque bout de temps est une richesse qui ne reviendra plus. On peut soit la laisser filer soit l’utiliser pour en bénéficier. On peut l'utiliser pour  travailler et s’enrichir, étudier, voyager, s’amuser, baiser, faire des enfants. Pour nous punir on peut nous en confisquer un bout mais quand on est futé on ne se laisse pas voler de la sorte. On continue d'en profiter. C’est vrai que pour baiser c’est moins évident mais nous sommes nombreux à accompagner les bagnards dans leur chasteté. À la fin de l’année ou à la fin de la vie, à la fin, la bobine sera vide. On n’aura plus de temps. C’est là qu’on sera disposé à donner son royaume pour un cheval qui pourrait nous mener jusqu’à demain.

J’ai prévu le coup. Je m’arrange pour ne pas avoir de regret quand viendra le moment d'agoniser. Tout ce que je voudrais pouvoir faire alors c’est aujourd’hui que je le fais. Quand le moment sera venu c’est moi qui dirai à la mort qu’elle est en retard. Elle sera bien attrapée la mort. Elle est habituée à faire peur avec son costume de squelette et sa faux à cran d'arrêt. Elle aime bien qu’on la supplie comme un fonctionnaire condescendant. J'ai bien l'intention de l'envoyer chier. Je la menacerai de porter plainte pour son retard. Je lui ferai la liste des gens qu'elle a négligé de visiter. Je lui ferai regretter d’être née à la mort. Je lui ferai la passe. Crouic! Finie la mort.

Il y a une africaine, qui m’expliquait que chez elle les gens ont une notion cyclique du temps. Tout revient. Le grenier s’emplit, on le vide et c'est reparti. Les saisons, Noël et les anniversaires repassent comme un carrousel. L’enfance, les enfants, les petits enfants, la mort et ça recommence.

Pour les bridés le temps est éternel. Ce qu’on fait aujourd’hui sert à la fois les ancêtres qui ont confié leur lignée au monde des vivants et leur descendance. Il y a du monde dans la descendance. Dans l’ascendance aussi me direz-vous. C'est vrai. Imaginez tous les Pageau qui peuplent les deux histoires. Il y a de des primitifs courageux, des gueux scrofuleux, des nobles raffinés, des marins boiteux, des tisserands méticuleux, des agriculteurs prospères, des artistes doués et des chevaliers éborgnés. Tous de sacrés baiseurs. Les femmes sont suaves et fécondes. Elles ont chacune porté une grappe de gaillards. Il a fallu du code génétique de première qualité pour en arriver là où je suis.

Il y a aussi les Monica Pageau-Nguyen et les Mustapha Pageau-Fernandez. Ceux-là restent à venir. Je m’en souviens déjà. Pourquoi est-ce que je ne pourrais pas me souvenir d’eux puisqu'ils se souviennent bien de moi? Quand on fera un conventum des membres de ma lignée on pourrait même avoir quelques féministes dans la famille. Je leur dirai qu'on y est bien arrivé quand même mais que si elles y avaient mis du leur on y serait arrivé plus nombreux. Elles n'en prendront pas ombrage, Les féministes ne s'intéressent pas à leur lignée. Elles croient que c'est une histoire qui n'a de valeur que pour les hommes. Elles appellent ça le patriarcat. Pour elles les enfants ne sont rien d'autre qu'une source de revenus. Avant longtemps le ministère de la Famille et celui de l'agriculture devraient conclure une alliance.

C’est l’histoire du gars qui remonte dans le temps et fait sa propre rencontre. L’un est plus vieux d’une semaine, d’un jour ou d’une heure et l’autre est son cadet. C’est le même mais il y en a deux. Il est habitué à pendre sa douche avec lui-même. Celle semaine là il s'est frotté le dos sans avoir à utiliser de brosse. Il a toujours entretenu sa conversation. Il a toujours joué avec son corps. Ha-ah! Il a toujours rêvé de faire une auto-fellation. Maintenant que c’est possible il découvre que, finalement, ça ne lui tentait pas tant que ça. Est-ce qu’il est devenu pédé? Pas quand c'est avec son corps qu’il joue.

Quelle est donc cette idée de classer les gens selon leurs pratiques sexuelles? Je ne suis pas en train d'annoncer que j’envisage la possibilité de me faire farfouiller les orifices. Tout ce que je dis c’est que si je devais en avoir le goût ça ne regarderait que moi. Le corollaire c’est qu’il n’y a pas beaucoup plus d’honneur à farfouiller les orifices de n’importe quelle Françoise qui nous tombe sous la queue. Pour moi, les affaires de cul finissent toujours par être importantes qu‘elles aient lieu à l'abri d’un buisson, sur la banquette d'une voiture ou à Niagara Falls. C’est avec les histoires de cul que sont faits les destins et c’est avec les destins que sont faites les civilisations. Pensez-y. Ça pourrait vous éviter de vous foutre dans la merde.