En 1972 j'ai passé l'été à
Washington. Trois étés auparavant on avait
diffusé une émission pour faire croire que des astronautes avaient
marché sur la lune. C'était tellement invraisemblable qu'on s'était
tous convaincu que c'était vrai. C'est Orson Welles qui devait bien
rire. Trente ans auparavant il avait fait la même chose avec une
émission de radio au cours de laquelle il avait fait croire que les
martiens envahissaient la terre.
En 1972 l'Amérique s'impatientait. Il y avait le
Vietnam qui commençait à ne plus être drôle, le coup de l'été 1969 qui
commençait à s'éventer et l'affaire du Wartergate en était déjà aux
préliminaires. Le bout cochon n'allait pas tarder. Cet été là je
travaillais dans un casse-croûte en ville. Je faisais tout ce qu'on me
demandait; surtout la livraison à bicyclette. J'habitais chez un oncle
qui était employé par le ministère des Affaires étrangères. L'oncle
avait plaidé auprès de mes mes parents qu'à mon âge l'expérience me
serait bénéfique. Il avait vu juste.
Washington est la capitale mondiale du journalisme
c'est du moins l'impression que j'en avais. Mon oncle connaissait
beaucoup de monde. Plusieurs sont devenus célèbres depuis. J'ai
toujours refusé d'émailler ma conversation du nom des gens que j'ai
croisé cet été là. Ils n'étaient, à mes yeux, que des tâcherons. Je
n'ai appris que plus tard qui certains d'entre eux étaient déjà et ce
qu'ils sont devenus par la suite. Mon étonnement s'est prolongé
pendant des années et leur influence se répercute encore aujourd'hui.
J'imagine mal que les repas que j'ai livré il y a
trente cinq ans ou que les conversation que j'ai eu dans un anglais
malhabile aient eu quelque répercussion que ce soit. Je me suis cru
transparent alors que je ne l'étais pas tant que ça.
Il y a quelques semaines j'ai
diffusé des informations au sujet de la gentilhommière
qu'habite Pauline Marois. Quelques jours plus tard l'émission Infoman
diffusée à Radio-Canada traitait du même sujet. La semaine
suivante le quotidien The Gazette révélait des informations
embarrassantes au sujet de la façon dont la propriété aurait été
acquise. L'intéressée s'est empressée de balayer le squelette sous le
tapis en répétant mais en omettant les explications nécessaires qu'il
n'y a pas là de quoi fouetter un chat.
J'en suis venu à croire que le monde de la politique et
celui des médias ne sont pas aussi imperméables qu'on se plait à le
croire. Il n'y a pas de raison pour que la diffusion d'une information
même auprès d'un lectorat confidentiel n'ait pas au moins autant
d'effet que le bruissement de l'aile d'un papillon. Puisque ça semble
être le cas j'ai la ferme intention d'insister pour demander le la
cohérence à chaque fois qu'il me semblera en manquer.
Avant que je ne l'oublie il faut que je le confesse. Je
n'ai jamais mis les pieds à Washington.