Du point de vue de l'enfant, sa famille ascendante comporte
deux parents alors que du point de vue du parent gardien, sa famille
descendante est une famille monoparentale.
Il ne serait pas inutile de s’interroger sur la pertinence
d’une notion de famille centrée autour du parent gardien par opposition à
celle qui est centrée sur le point de vue de l’enfant.
Même quand l’un des parents est inconnu, absent, décrocheur,
décédé ou désintéressé, il continue d’exister. Alors qu’on reproche au parent
visiteur, généralement le père, d’être inactif dans la vie de son enfant on
reproche aussi au parent visiteur qui y participe de jouer un rôle secondaire
à celui du parent gardien.
Une autre superstition consiste à croire qu’il puisse
exister une familles
reconstituées formée du parent gardien, de son
enfant, son conjoint, l’enfant de son conjoint et de l’enfant qu’ils
pourraient avoir ensemble. Souvent, quand il est question de famille
reconstituée, le nouveau conjoint du parent gardien se fait appeler
papa
par les enfants de celle-ci.
Une troisième superstition concerne la notion de famille
éclatée. Après la rupture du couple, la famille deviendrait disfonctionnelle
en raison du décrochage du père. L’expérience démontre cependant que la
rupture du couple ne cause pas l’état de dysfonction de la famille.
Posons l’hypothèse que la
tendance qu’ont de nombreux pères de jouer un rôle secondaire dans la vie de
leur enfant n’est pas étrangère au rôle qui leur est dévolu dans une société
où 94,26% des parents gardiens sont des femmes. Si on pouvait atténuer les
obstacles qui entravent l’exercice de la paternité, il n’y aurait pas plus de
pères absents qu’il n’y a de mères absente de la vie de leur enfant. La
superstition de la famille monoparentale a vraisemblablement été inventée pour
appuyer la notion de la supériorité morale des femmes. Elle appartient au
sottisier intégriste.