Tout
le monde connaît les effets dévastateurs du collectivisme soviétique. Mais
comment s’est-il mis en en place et comment les gens s’y sont-ils adaptés ?
Voilà les questions auxquelles je veux répondre.
Ainsi qu’une dernière, la plus importante :
Le féminisme ne serait-il pas un nouveau collectivisme, une sorte de calque
du soviétique ? Pour les femmes !
Un peu d’histoire :
D’après Nicolas Rothstein, en 1906, Lénine s’inquiétait de la possible
réussite de Stolypine, ministre de Nicolas II, qui suivait un programme
favorisant les paysans entreprenants : les koulaks. Réussite indéniable.
En 1914, il existait 5 millions de Koulaks. Le beurre sibérien concurrençait
le danois à Londres et la Russie produisait 70 millions de tonnes de blé et
en exportait 12 millions de tonnes
1984 : 67 ans après l’avènement du « Paradis Soviétique », l’URRS importait
40 millions de tonnes de blé !
Le collectivisme imposé par Staline signait là son plus cinglant échec…
parmi beaucoup d’autres !
Entre temps, le « Père du Peuple », infaillible « Guide Suprême » avait
transformé le koulak en « kolkhosien »
1929/ 1935 : 6 ans de dékoulakisation. D’après l’historien Nicolas Werth,
Staline exulte : « la victoire est totale »
A quel prix ?
Rien qu’en 1930 14 000 troubles paysans dont 400 armés ;300 000 koulaks au
Goulag, 2 millions de déportés en Sibérie.
De 1929 à 1933, le cheptel est réduit de moitié ( les paysans mangent leurs
bêtes plutôt que de les collectiviser). Les villes sont affamées aussi
Staline organise de féroces réquisitions qui déclenchent de terribles
famines dans les campagnes : 6 millions de morts en 1931/33 ( dont 3
millions dans le génocide ukrainien, le grenier de la Russie !)
Pire encore ; ces famines sont organisées par l’Etat : interdiction aux
affamés de quitter leurs villages… et aucune aide, puisque les journalistes
ne peuvent répandre les nouvelles !
En 1935, Staline accorde au pays exsangue une soupape de sécurité , les
lopins individuels.
Avec 3% des terres cultivables ils assurent bientôt 45 % de la production
agricole.
Le prix du collectivisme :
Ces millions de morts ne sont que la pointe de l’iceberg. Le coût
psychologique est bien pire.
C’est la totale démotivation paysanne ; l’apathie du kolkhosien.
Citons un rapport secret de la Guépéou d’avril 1932 :
« Les paysans ont désappris leurs gestes ancestraux… Les labours sont faits
n’importe quand, n’importe comment… Une bonne partie des semences est perdue
…
Et cela pour longtemps.
En 1950, un kolkhosien raconte la construction d’une étable à Pékachino :
« Pas de scie, pas de bois, pas de clous… Le foin pourrit… Mais tous ces
obstacles, c’était pour les autorités. Loukachine, le président du kolkhoze,
sait bien où le bas blesse ! Quand la construction s’arrête, il n’y a plus
de grain. Il y a certes des sacs de farine, de bonbons, de thé, mais c’est
pour le combinat forestier exploitant les forêts proches. Rien pour nous ! »
( Fédor Abranov 1973)
A la violence d’Etat, les paysans répondirent par l’apathie. L’Etat se
trouva alors contraint de tout prendre en charge par l’intermédiaire d’une
coûteuse et inefficace bureaucratie qui devint vite envahissante.
L’agriculture soviétique ne s’en remis jamais.
1986, la Pérestroïka tente une nième réforme. Elle encourage l’initiative
individuelle. Mais la bureaucratie sabote cette politique. Par exemple, elle
ne concède les terres aux individus que pour 5 ans, au lieu des 50
préconisés.
2009, la démotivation paysanne est encore palpable.
Responsabilité collective et culte du secret
2 tares inexorablement liées au collectivisme :
En ex URRS, c’est toujours un comité qui prend les décisions,
collectivement. L’ordre émane du comité central du Parti et est transmis
par écrit, sous pli scellé, par des estafettes de la Police Secrète, puis
remis en main propre, contre récipissé signé et devient exécutoire.
Le comité local met alors en œuvre la ligne du parti,…et ainsi de suite.
Et malheur à la personne qui perd cet ordre ou ne l’exécute pas au plus tôt.
Autrement dit, les décisions sont collectives et transmises anonymement.
La dilution des responsabilités confère l’irresponsabilité individuelle !
Voilà comment des ordres monstrueux purent être exécutés en toute impunité !
Ajoutons encore, l’inexorable nécessité de créer un ennemi extérieur au
groupe décisionnaire. Les échecs inévitables du collectivisme, irresponsable
par nature ne peuvent être imputés qu’à cet ennemi, occulte et
insaisissable.