FEMMES BATTUES ET HOMMES BATTUS
Madame, Monsieur,
Ayant pris connaissance de vos articles sur les violences conjugales, je
me permets de vous inciter à sortir de représentations sociales et
d’élargir le champ de vos enquêtes.
Les cas de femmes ou d’enfants battus existent
malheureusement trop fréquemment et sont l’une des hontes de notre
société. Il est absolument nécessaire d’apporter un soutien et une
protection aux personnes en détresse. Malheureusement, il semble qu’il y
ait des dérapages de plus en plus courants, dans le sens que de fausses
allégations sont de plus en plus utilisées comme armes lors de conflits
dans un couple ou lors de divorces. Ces abus sont, bien
entendu, préjudiciables en premier ressort aux enfants, aux pères
incriminés et à moyen terme, aux véritables victimes de violences qui
risquent, devant la multiplication de cas douteux, de ne pas bénéficier
d’une aide immédiate.
Dans les cas d’allégations, de la part de la femme, de
violence, l’homme innocent de ce qu’on lui reproche doit posséder une
formation supérieure ou un caractère bien trempé, voire les deux, pour ne
pas se laisser impressionner par ce qui lui tombe sur la tête. La fameuse
présomption d’innocence n’existe plus. Les organisations de protection
féminines, si indispensables dans de nombreux cas, se laissent emporter
dans leur enthousiasme par la simplification et accordent un appui
inconditionnel à toute femme qui se plaint d’être battue, sans aucune
question quant à la véracité des dires, et plus grave, sans aucune
observation de l’attitude de la plaignante. Tout psychologue, toute
personne habituée à défendre une femme en détresse, sait qu’il existe, à
défaut de traces de coups, des attitudes, des comportements propres à une
personne subissant ce genre de martyre.
Les témoignages montrent que le recul nécessaire n’est
pas toujours adopté par les associations féminines et que la plupart des
allégations sont acceptées telles quelles. Ces associations délivrent
alors un appui à la demanderesse, qui obtient immédiatement des
magistrats, une carte de protection. Dans le canton de Genève, en Suisse,
par exemple, l’
homme incriminé reçoit alors du procureur général une lettre l’informant
de l’existence d’associations traitant de l’agression et de la violence
intitulée « QUE PEUT FAIRE L’HOMME ? » dont la première phrase est la
suivante : « Un homme qui a eu recours pour la première fois à la violence
envers sa femme ou sa compagne traverse nécessairement une crise profonde…
».
Toute personne fragilisée (et qui ne l’est pas dans ces moments) peut se
sentir acculée et jugée définitivement. Il lui faut alors, force de
caractère pour réagir et ne pas se laisser enfermer dans cette présomption
de culpabilité.
Nous savons tous que la violence n’est pas seulement
physique et qu’une persécution psychologique, un chantage peut-être encore
plus grave. Nous examinerons ce point au fur et à mesure de notre exposé.
Il existe bien plus fréquemment qu’on ne le pense, des
hommes qui subissent des coups de leur compagne et qui n’osent pas se
défendre, dans le souci d’épargner leurs enfants, par honte ou d’autres
motifs.
Que doivent-ils faire ? La réponse de la plupart des
avocats est claire : « Rien, parce que nous serions ridicules ». L’homme
doit supporter sans rien dire, mais surtout ne pas répliquer sinon c’en
est fait de lui.
Cette attitude mène à un engrenage, une surenchère de
calomnies, une pêche aux témoins qui n’ont rien vu, mais qui par amitié,
méchanceté, jalousie ou solidarité pour le combat d’émancipation de la
femme affirment que : « Madame leur a dit que… »
L’exemple suivant est explicite.
Alexis était marié depuis 12 ans et avait un fils de
11ans. Il travaillait à plein temps, son épouse à mi-temps. Depuis
quelques années déjà, une certaine tension s’était installée au sein du
couple. Mathilde, son épouse, s’absentait de plus en plus fréquemment,
d’abord les week-ends, puis en semaine. Elle prenait souvent des vacances
ailleurs qu’Alexis et leur garçon ou ne les
accompagnait pas dans leurs sorties sous prétexte de fatigue. Se doutant
d’une liaison extraconjugale, Alexis interrogea
sa femme qui nia. Cependant la tension devint de plus en plus vive, les
disputes de plus en plus agressives, les absences et les rentrées tardives
de Mathilde se réitérant. La situation devenant très
pénible, surtout pour l’enfant fréquemment réveillé la nuit par des
esclandres, Alexis proposa à son épouse de trouver une autre façon de
vivre, d’envisager peut-être une séparation. Mathilde refusa tout net.
Pris par le soupçon, Alexis mena une brève
enquête et s’aperçut rapidement que, comme c’est le cas très souvent,
l’époux trompé est le dernier informé. Lettres
trouvées et témoignages de voisins scandalisés qui n’avaient pas osé
intervenir plus tôt, à l’appui, Alexis apprit que Mathilde avait un amant
depuis plus de huit ans et que ce dernier venait même au domicile conjugal
en l’absence d’Alexis et de son fils.
En cas de la moindre remarque, Mathilde n’hésitait pas à
réveiller l’enfant en pleine nuit, à menacer de partir avec lui et
frappait parfois Alexis devant leur fils. Las de cette situation, Alexis
demanda à son épouse de divorcer. Une fois de plus elle refusa. Alexis
décida donc d’entreprendre les démarches unilatéralement.
Dès lors, avec l’aide active de ses parents, Mathilde
mis en scène un scénario de « femme battue », en appelant la police après
avoir provoqué un esclandre en pleine nuit qui impliquait une fois de plus
le petit garçon. Heureusement pour Alexis, les voisins réveillés
témoignèrent en sa faveur. Nullement découragée par cet échec, Mathilde, à
la suite d’une de ses crises de nerfs, se rendit dans une clinique qui
l’hébergea pour un état anxio-dépressif, puis allait de
temps en temps dormir chez des amies. Quelques temps après, elle emménagea
dans un foyer. Elle contacta « Solidarité femmes
» qui l’a munie d’une attestation basée sur « son récit des faits ». Aucun
certificat médical, ni aucun témoignage fiable n’attestaient de la moindre
trace de violence, au contraire, le médecin, probablement sceptique, lui
ayant délivré un certificat attestant son séjour à l’hôpital, précisa que
l’examen médical était « sans particularité ». Mathilde rentrait chez elle
fréquemment, y passait des journées et des nuits sans aucune crainte. Sur
ces bases, le procureur délivra à Mathilde une «
carte de protection» qui l’autorisait « à
requérir l’assistance de la force publique ». A partir de là, Mathilde usa
de cette carte à chaque fois que son mari n’obtempérait pas et elle
appelait la police qui venait parfois, et repartait sans autre, tout en
lui ayant demandé une fois, ce qu’elle faisait en pleine nuit à son
domicile, puisqu’elle était terrorisée par son mari et qu’elle avait
cherché refuge dans un foyer.
L’aspect dramatique de cette « anecdote », c’est que le
petit garçon assistait chaque fois à la venue de la police et entendait
les menaces de Mathilde qui clamait que Alexis sera emmené par les forces
de l’ordre. Quel traumatisme pour un enfant qui, devant les gendarmes, se
jeta dans les bras de son père et qui cria : « Je ne veux pas que la
police emmène mon papa ! ».
Retenons que les différents témoins que j’ai rencontrés
et qui ont assisté à des interventions de police ont toujours confirmé que
les gendarmes faisaient preuve de beaucoup plus de psychologie et de
nuances que les magistrats.
D’autres cas fréquents correspondent au même schéma que
nous avons rencontré dans l’exemple d’Alexis. Des femmes mettent en oeuvre
des procédés variés pour amener leur conjoint à sortir de ses gongs, au
moyen de refus de toute intimité de couple, d’insultes, de harcèlement sur
le lieu de travail, de chantage au suicide. Elles portent le conflit hors
du foyer et cherchent à briser l’image sociale du père de leurs enfants.
Elles se servent aussi de ces derniers pour exercer leur violence en les
réveillant en pleine nuit, en les impliquant systématiquement dans les
démêlés. A chaque dispute, l’enfant d’Alexis conjurait sa mère de ne pas
crier, de ne pas mettre au courant les voisins de ce qui se passait à la
maison. Le fils d’Alexis semblait plus affecté par le déballage en public
que par le conflit lui-même.
La menace de les séparer de leurs enfants est une
atteinte violemment ressentie par les hommes, d’autant plus que leur
sentiment de position de faiblesse est largement justifié par l’attitude
partiale des tribunaux.
Une fois de plus, la Confédération suisse des déléguées
à l’égalité a lancé une campagne pour sensibiliser la population au sujet
de la violence conjugale. Or le cas des hommes subissant des situations de
violence conjugale n’a jamais été abordé, alors que le « syndrome du mari
battu » était déjà souligné par des études .
« La violence psychologique, c’est pire que la violence
physique, car la violence physique dure un moment… Tandis que la violence
psychologique, ça te travaille, à l’intérieur, c’est terrible (…) Ça
harcèle, c’est incessant et ça use. » (Pascal) . Cette remarque est
révélatrice et pourtant peu prise en considération. En plus des violences
psychologiques, des hommes subissent aussi des coups de leurs conjoints,
mais ces cas, eux aussi, ne sont guère relevés et provoquent
l’indifférence, la rigolade, les railleries. Les hommes sont démunis face
à la violence physique des femmes, car, d’une part, ils ont peur de leur
propre potentiel de violence, de leur force physique qui leur serait, de
surcroît, fatale face à la société. On ne leur accorde pas le droit de se
défendre physiquement. D’autre part, lors de ces agressions, les enfants
sont fréquemment pris en otages, assistent à ces scènes et des pères
préfèrent subir l’humiliation plutôt que d’en rajouter à des scènes
traumatisantes de violence. « Au départ, l’homme battu nie la relation de
violence autant aux autres qu’à lui-même, en mettant en évidence les
éléments positifs de la relation. Envahi par des sentiments
contradictoires, d’amour, de honte et de culpabilité, il ne parvient pas à
se détacher de la relation de dépendance dans laquelle il s’est installé à
l’égard de sa femme. De plus, dans cette situation, il endosse un rôle :
celui de père présent auprès de ses enfants. Partir devient pour l’homme
battu la dernière solution, puisque c’est une manière d’abandonner ses
enfants à une femme violente » . Si la justice retire immédiatement les
enfants d’un homme soupçonné de se livrer à des actes de violence, elle
rechignera à intervenir à l’égard d’une femme dont les actes violents sont
cependant prouvés. L’actualité semble confirmer cet état de fait. Ajoutons
que si Alexis avait échappé aux ciseaux (arme fréquemment utilisée dans
ces situations), un coup de fer à repasser lui avait provoqué une belle
marque sur le crâne, une claque, un traumatisme au tympan droit et un coup
avec un trousseau de clefs, un œil au beurre noir. Devant la
multiplication de ces maltraitances, ses amis le convainquirent d’aller
faire constater ces blessures par un médecin.
Le psy mandaté par l’administration judiciaire pour
donner son avis dans ce divorce, ne mentionna nullement la situation
d’homme battu d’Alexis, pourtant il connaissait parfaitement la situation
et avait lu témoignages et certificats médicaux.
Les exemples cités ci-dessus, présentent à l’évidence
une maltraitance psychologique de l’enfant. Une attention plus soutenue
des magistrats serait souhaitable. Remarquons aussi que dans les cas
d’obstruction au droit de visite du, les juges helvétiques hésitent à
faire intervenir les forces de l’ordre, « Afin de ne pas nuire à
l’équilibre des enfants », mais qu’étonnamment, dans le cas de femmes
battues éventuelles et peu probables que nous venons d’aborder,
l’intervention des gendarmes ne risque pas, selon les magistrats, de nuire
à cet équilibre. Deux poids, deux mesures.
Oleg Kochtchouk juin 2009