En août 2005, l’organisation du Québécois
tirait à boulets rouges sur la nouvelle gouverneure générale du Canada,
Michaëlle Jean. Nous l’avions fait en effectuant des révélations
fracassantes sur son passé qui est marqué par des liens serrés d’amitié
avec des membres éminents de notre famille politique, la frange radicale
du mouvement indépendantiste québécois. Pourquoi avions-nous cru légitime
d’agir ainsi? Tout d’abord parce que nous nous sentions trahis par des
gens qui reniaient leurs idéaux politiques pour de lucratifs emplois et
aussi parce que le premier ministre canadien du moment, Paul Martin,
croyait pouvoir se servir du charme de miss Jean pour nuire au mouvement
indépendantiste québécois.
Notre ferme réaction avait su contrecarrer
de très belle façon les plans du chef libéral, Paul Martin, c’est le moins
que l’on puisse dire. Jamais plus Michaëlle Jean ne devait être utilisée
par les forces fédéralistes pour vanter les mérites de l’unité canadienne
en terre québécoise. Tout d’abord parce que les gens apprécient très peu
les arrivistes et les opportunistes, et d’autre part parce que plus
personne ne pouvait dès lors croire cette femme qui défend l’unité
canadienne mais qui tout récemment encore appuyait exactement le
contraire! « Elle était brûlée », comme on dit chez nous. Et on l’a
vraiment cru jusqu’à tout récemment, jusqu’à ce qu’on apprenne que la
gouverneure générale se rendrait prochainement en France pour y lancer
officiellement les festivités du 400e anniversaire de la fondation de la
ville de Québec. Ce qui est pour le moins particulier, et ce, parce qu’au
moment d’entrer en fonction, en 2005, Michaëlle Jean avait parlé du passé
du Canada, mais sans jamais même mentionner le rôle fondamental qu’avait
joué la France...
Le moins que l’on puisse dire, c’est que
Michaëlle Jean a la loyauté très élastique et, pour cette raison, les
Français devraient s’en tenir loin comme de la peste au lieu de s’en
enticher aveuglément. Un jour ou l’autre, la dame pourrait bien militer
contre les intérêts de la République. D’ailleurs, elle l'a déjà fait…
Mais avait de nous concentrer sur le cas
français, rappelons tout d’abord que Michaëlle Jean et son époux, le
prince consort, Jean-Daniel Lafond, ont jadis été de grands amis, entre
autres, du très indépendantiste cinéaste, Pierre Perrault. Au coeur de la
polémique de 2005, la veuve de celui-ci avait dit, qu’avec eux du moins,
Jean-Daniel Lafond était très indépendantiste. Ce dernier était en fait
tellement amis avec les indépendantistes qu’il avait fait des films sur
eux. La liberté en colère, sur le felquisme, et La Manière nègre ou Aimé
Césaire, chemin faisant : genèse d'un film qui fut lui réalisé en 1993.
Dans ce dernier film (qui a aussi donné
naissance à un livre), on voit Michaëlle Jean discuter avec l’ex-felquiste
Pierre Vallières, avec les poètes indépendantistes Gérald Godin, Yves
Préfontaine et Paul Chamberland, de même qu’avec la pasionaria de
l’indépendantisme québécois, Andrée Ferretti. Avec eux, Michaëlle Jean
s’était écrié : « Au retour du poète (Aimé Césaire)! C’est fini les petits
peuples ». L’échange entre les convives se terminait par un toast à «
l’indépendance et aux indépendances ». Évidemment, lorsque nous les avions
rendus publics, de tels propos avaient profondément choqué tous ceux qui
étaient opposés à l’indépendance du Québec. Nous avions donc bien su
prévoir les réactions des Québécophobes, et tout cela faisait en quelque
sorte notre jeu.
Ce qu’on n’avait par contre point vu venir
à l’horizon, c’est la réaction du bureau de Paul Martin à la polémique
soulevée par l’organisation du Québécois. Son cabinet avait très
clairement dit que les Canadiens ne devaient pas s’énerver outre mesure,
que les déclarations de miss Jean telles que rapportées par Le Québécois
ne concernaient même pas le Québec et son indépendance, mais bien celle de
la Martinique, ce qui était en partie vrai. Plus exact aurait été
toutefois de dire qu’elles concernaient toutes les indépendances, dont
celle de la Martinique. Dans le film en question, Michaëlle Jean donnait
raison à Pierre Vallières lorsque celui-ci soutenait : « Non seulement la
Martinique doit aller à l'indépendance, mais à la révolution, comme le
Québec aussi ». À cela, miss Jean avait répondu :« l’indépendance, ça ne
se demande pas, ça se prend ». Elle laissait ainsi très clairement
entendre qu’elle était -à l’époque du moins- ouverte aux manœuvres
destinées à acquérir unilatéralement et par la force s'il le faut la
liberté québécoise ou martiniquaise.
En soutenant que Michaëlle Jean n’appuyait que l’indépendance
révolutionnaire de la Martinique, et non celle du Québec, les fédéraux
croyaient avoir ainsi mis leur gouverneure générale à l’abri. Mais cet
abri risque de devenir aujourd’hui bien précaire. Il le sera certainement
lorsque Michaëlle Jean sera, la semaine prochaine, chez les Français qui
auront appris -espérons-le- ce que la « presque reine du Canada » a déjà
dit à l’égard de l’intégrité de la République qu’on dit « une et
indivisible ». S’il fallait que les Français sachent ce que miss Jean a
déjà pensé du traitement que leur pays réserve à ses minorités, il y a
fort à parier qu’ils apprécieront beaucoup moins la demi-reine provenant
d’outre-Atlantique.
Cela risque d’être encore plus vrai lorsque
ces mêmes Français apprendront que Michaëlle Jean a officiellement renié
la France en 2005. Il faut savoir qu’au moment où la polémique concernant
son passé felquisant battait son plein, Michaëlle Jean possédait sa
citoyenneté française. Bien des anglophones (des monarchistes entre
autres) ne pouvaient tolérer une telle chose. Ils se sont alors mis à
réclamer comme preuve irréfutable de la loyauté de miss Jean à l’égard de
la couronne britannique et du Canada qu’elle rejette sa citoyenneté
française. Ce qu’elle fit de bon cœur.
Pour Michaëlle Jean, après tout, peu
importe la grandeur des destins du Québec, de la Martinique ou de la
France. Ce qui prime à ses yeux -les diverses trahisons qu’elle a commises
au fil des ans contre le Québec, la Martinique et la France le démontrent
bien- c’est son petit bien-être bien personnel. À l’évidence, elle est la
« demi-reine » des arrivistes, et rien d’autre…
Pour consulter des preuves documentaires:
www.lequebecois.org
Patrick Bourgeois