Dans
la question de la laïcité, les Québécois, ce peuple annexé qui ne cesse de
protester de son ouverture aux autres parce qu'il se fait mettre
continuellement sur la défensive sur cette question, c'est lui qui se
positionne pour être le dindon de la farce. Les "de souche" n'hésitent pas
à jeter aux gémonies la religion de leurs ancêtres, un élément essentiel
de leur patrimoine. Les Musulmans, les Juifs et tous les autres, ...en
feront-ils autant ?
S'il est vrai que la foi déplace les montagnes, nous serons facilement
déplacés car de plus en plus, nous ne sommes plus que l'ombre de nous-mêmes.
Nous ne croyons en rien et ceux qui croient ne manquent pas de motivation.
Désarmons-nous nous-mêmes! Ne réclamons pas le crédit de notre oeuvre
historique sur cette terre, refusons l'honneur d'avoir reliée cette terre
peuplée d'indigènes (autochtones honorables, mais néanmoins isolés) au
monde méditéranéen, donc à l'Europe, à l'Afrique et à l'Orient, (l'Orient,
motif de la découverte), faite sous le signe de la croix.
Ce qu'il nous fallait rejeter c'est la servitude que nous imposait la
religion. Désormais chose faite. La religion a perdu ce rôle, il faut
maintenant en avoir pitié et lui pardonner ses péchés. C'est là que le
réactionnaire devient révolutionnaire. La récupérer, la modeler un peu et
il suffirait de presque rien pour qu'elle serve à plus que de célébrer les
passages de la vie (baptême, mariage, décès). L'appui hypothétique de
Poutine (la Russie) est sans racine au Québec. Donc, cet appui sera
toujours précaire, même avec beaucoup de bonne volonté et de financement.
Il faut considérer le cas cubain pour comprendre la difficulté de ce type
de parachutage. L'Église catholique a un profond enracinement chez-nous.
Elle est à l'heure actuelle la "puissance" la moins impérialiste, la
puissance avec laquelle l'alliance la plus étroite serait souhaitable, la
moins compromettante quant à la sauvegarde des fruits d'une prochaine
indépendance.
Deux tendances mondiales sont en présence en matière de religion. Le rejet
de toute religion, dont le Québec peut être considéré comme un phare
mondial (faut-il en être fier?); la prépondérance de la religion,
représentée par une portion vraisemblablement importante de l'opposition à
la Chine au Tibet (et d'autres pays, dont Israël). On notera que
l'archaïsme et l'anachronisme de l'opposition au Tibet (je ne discute pas
ici de bienfaits et des torts de la Chine) ne gène nullement la
"communauté internationale" à multiplier ses sympathies à cette cause qui,
si elle était défendue ici de la même façon, aurait vite fait de
représenter toutes les horreurs. Faut-il conclure qu'une religion exotique
mais plus obscurantiste sera toujours plus en vogue qu'une religion
autochtone dans une société de consommation moderne, une société ou
l'"exotisme" et le "voyage" sont souvent considérés comme des idéaux
inégalables.